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18 mai 2026

Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires

Par Éléonore Duffau, chercheuse au sein du programme Climat, Environnement, Sécurité de l’IRIS et de l'Observatoire Défense & Climat, Mathilde Jourde, co-directrice de l’Observatoire Défense & Climat et chercheuse à l'IRIS en charge du Programme Climat, Environnement, Sécurité, et Smilla Guillaume, assistante de recherche au sein du programme Climat, Environnement, Sécurité de l’IRIS.

Dans la continuité des travaux menés par l’Observatoire Défense et climat sur l’intégration des changements climatiques dans les dynamiques de guerre hybride, cette note propose d’analyser l’instrumentalisation de l’information climatique par des puissances étrangères, grâce à une approche multifactorielle. Dans cette perspective, elle intègre les questions climatiques comme nouvel objet de la guerre informationnelle. Ainsi, après une présentation du cadre méthodologique du nexus désinformation climatique – guerre informationnelle (I), cette note propose un panorama des principaux acteurs étatiques de la désinformation climatique ciblant l’Europe, notamment la Russie et les États-Unis, ainsi que leurs interactions avec des acteurs non étatiques (II). L’analyse porte ensuite sur les conséquences sécuritaires de la désinformation climatique (III). Sur la base de ces conclusions, la note développe trois scénarii de prospective, accompagnés de recommandations à destination du ministère des Armées (IV).

La spécificité de la guerre informationnelle réside dans son caractère évolutif : afin d’atteindre efficacement les opinions publiques, elle s’adapte aux environnements sociaux et politiques en se greffant aux thématiques qui suscitent une attention accrue dans les sociétés ciblées (Chauvancy, 2025). Comme de nombreux autres enjeux, les changements climatiques peuvent donc être intégrés dans le cadre de la guerre informationnelle.

Bien que l’intégration des questions climatiques dans le cadre d’ingérences informationnelles étrangères soit récente, la manipulation de l’information climatique est en réalité une pratique ancienne. Toutefois, la désinformation climatique contemporaine se distingue par la diversité des acteurs impliqués : aux acteurs des énergies fossiles s’ajoutent désormais ceux de la Big Tech, ainsi que des acteurs étatiques. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne (UE).

La manipulation de l’information climatique recouvre une diversité de pratiques, dont les nuances reposent sur le degré d’intentionnalité. L’UE établit ainsi une distinction entre « mésinformation » – définie comme la « diffusion de contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables » – et la « désinformation », définie comme des « contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public » (Commission européenne, 2020, p.21).

Figure 1 : Continuum de contenus informationnels

Figure 2 : Approche multifactorielle au nexus désinformation climatique – guerre informationnelle

Figure 3 : Matrice des différents canaux de désinformation étatique à destination de l’étranger

Carte : La désinformation climatique attribuée à la Russie à l’égard de l’Europe et des institutions de l’Union européenne

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